Au risque de vous décevoir, personne ne sait exactement depuis quand existent les attrape-rêves…
Eh oui, contrairement à des outils en pierre ou des os qui peuvent laisser des traces archéologiques, les attrape-rêves sont faits de matériaux organiques fragiles (bois, cordes, tendons, plumes), qui ne se fossilisent pas ! En plus, les histoires et savoirs des peuples autochtones se transmettaient oralement de génération en génération : il n'existe donc pas de documents historiques écrits pouvant dater précisément leur apparition avant l'arrivée des colons européens.
MAIS voilà ce qu'on sait (avec plus ou moins de certitude).
1) Ils n’étaient fabriqués QUE par les Ojibwés.
L’attrape-rêve semble avoir été créé par le peuple ojibway (ou Chippewas), installé historiquement autour des Grands Lacs, entre le Canada et le nord des États-Unis. C’est ce peuple qui est à l'origine de la forme traditionnelle de l'objet : un petit cercle contenant une toile tissée, inspirée des croyances autour du pouvoir des rêves et de Asibikaashi, la Grand-mère Araignée.
Ces croyances sont partagées par plusieurs peuples de la famille des Anishinaabes (ils parlent des langues algonquiennes très similaires et sont proches géographiquement) mais seuls les Ojibwés ont fabriqué des capteurs de rêve. Ce qui laisse penser que l'attrape-rêve est un objet récent, postérieur évidemment à l'arrivée des Premières Nations sur le sol américain (entre 40 000 et 10 000 ans av. J.-C), mais également au développement des Anichinaabés (un des groupes de culture du "bouclier canadien", à partir de 6000 av. J-C) et à leur séparation en diverses nations (Ojibwés, Algonquins, Potawatomis… à partir de 2000 ans av. J-C).
2) Ils ont été découverts par les Occidentaux pendant la conquête de l'Amérique
Les attrape-rêves n’apparaissent dans les archives écrites qu’au XIXᵉ siècle, lorsque les ethnologues européens étudient les Ojibwés et décrivent ces objets comme des talismans protecteurs liés aux rêves et à la vie spirituelle des enfants. C’est également à cette période que le terme « attrape-rêve » est utilisé pour traduire l’objet dans les langues occidentales, bien que ce mot ne reflète pas exactement son nom et sa signification originels.
À cette époque, les attrape-rêves sont typiquement composés d'une toile tissée en 8 points (symbolisant les 8 pattes de l'araignée) à l'intérieur d'un cercle de petite taille (moins de 10 cm de diamètre), et l'ensemble des matériaux sont à la fois d'origine naturelle et locale.
3) Leur succès "surprise" dans le monde entier va faire évoluer la forme originelle, y compris chez les Ojibways eux-mêmes
Pour répondre à la demande d'un public grandissant, pour la plupart fascinés par la symbolique et l'esthétique de l'objet (surtout à partir des années 60), les attrape-rêves vont se diversifier. Pour le meilleur et pour le pire !
- Les ojibwés vont diversifier les tailles, les formes et utiliser d'autres techniques et savoir-faire. Notamment parce que les adultes en veulent aussi (chez les Ojibways, l'attrape-rêve est surtout destiné aux enfants ;)).
- D'autres peuples autochtones vont se mettre à fabriquer des attrape-rêves, surtout pour répondre aux besoins des touristes et trouver un moyen de subsistance cohérent, en faisant émerger à leur tour de nouvelles techniques et de nouvelles formes.
- Des artisans du monde entier (comme Le Nuage et la dune =)) vont également apprendre les savoir-faire autochtones, diffuser leurs connaissances et leurs histoires passionnantes, et surtout adapter les attrape-rêves selon leurs environnements locaux. Car cela n'aurait pas tellement de sens d'importer des objets du bout du monde, tant pour la préservation de la biodiversité et du climat, que pour respecter les valeurs des Premières Nations (se servir des ressources locales avec parcimonie).
- Malheureusement aussi, des producteurs industriels, avec l'aide de la grande distribution, vont utiliser des produits synthétiques de faible qualité pour écraser les prix et fabriquer des attrape-rêves finalement loin de l'esprit originel de l'attrape-rêve...
Si le sujet vous intéresse, n'hésitez pas à consulter aussi :
- mon article complet sur les attrape-rêves (signification, origine, fabrication...)
- l'explication du mécanisme d'action des attrape-rêves.
Giga-waabamin menawa ! =)
Références
- Lesoeurs, G. (2004). Capture mon rêve, Mère Araignée, tradition de l'attrape-rêve et fonction du rêve chez les Amérindiens du Nord. L'Autre, Vol. 5, nO 1, 31-46.
- Lequin, M. (2003). Le tourisme autochtone au Québec. Document inédit, Université du Québec à Trois-Rivières.
- Vincent, M. (1995). La Nation Huronne: son Histoire, sa Culture, son Esprit. Québec: Septentrion.