Qu'est-ce qu'un attrape-rêve ? À quoi sert-il et d'où vient-il ?

Qu'est-ce qu'un attrape-rêve ? À quoi sert-il et d'où vient-il ?

Les attrape-rêves sont des objets protecteurs fabriqués et utilisés par plusieurs groupes ethniques amérindiens, notamment par la grande famille nord-américaine des Anichinaabés. Peu à peu, ils ont conquis le cœur des populations du monde entier, en quête de sens, d’authenticité et d’histoires.

Ils sont traditionnellement constitués d’un cercle de 5 à 30 cm de diamètre, formé par des brindilles de saules courbées et attachées entre elles, et d’un filet, apparenté à une toile d’araignée, conçu à partir de feuilles d’ortie ou de tendons d’animaux chassés. L’ensemble est ensuite décoré avec des perles, des plumes et des matériaux naturels divers (os, branches de bois, laine, cônes…) et symboliques.

Les occidentaux les ont découverts au cours de la conquête du continent américain, mais c’est seulement à partir du XIXème siècle, qu’ils ont cherché à comprendre leur histoire et les raisons qui poussaient les amérindiens à les fabriquer. Au contact des Ojibwé du Lac Supérieur, l’ethnologue Johann Georg Kohl est le premier à décrire l’usage de ces objets mystiques, qu’il associe à des « talismans » ou des « amulettes magiques ». En discutant avec les femmes du groupe, il apprend que ces objets sont utilisés principalement pour protéger les enfants des maladies et du mauvais sort : le filet retient les mauvais esprits comme le ferait une toile d’araignée qui attraperait des insectes.

Plus tard, l’anthropologue Béatrice Blackwood découvre à son tour ces dispositifs protecteurs, souvent accrochés aux porte-bébés traditionnels, les tikanagan. C’est elle qui choisira le mot occidental « attrape-rêve » bien que sa première idée, le « filet d’envoûtement », soit sans doute plus juste sur le plan sémantique.

On réalise ensuite que ces dispositifs protecteurs ne sont pas réservés aux enfants : par extension, ils sont censés éloigner le mauvais sort susceptible de toucher la communauté toute entière. En particulier, lors des deux périodes les plus importantes des amérindiens : la chasse et le sommeil.

 

Les attrape-rêves attrapent-ils les mauvais rêves ?

Au risque de décevoir une partie des lecteurs, les attrape-rêves ne sont pas des objets qui aident à s'endormir. Contrairement à ce que leur nom occidental laisse croire, ils ne sont pas uniquement destinés à « attraper » les mauvais rêves : ils protègent des esprits malveillants pouvant survenir de jour comme de nuit, comme les maladies, les périodes de disette, les accidents de chasse, la malchance...

Alors pourquoi l’anthropologue Béatrice Blackwood a-t-elle décidé de les baptiser « attrape-rêves » ?

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D’où viennent les attrape-rêves ?

Un grand nombre de communautés ethniques amérindiennes ont longtemps revendiqué être à l’origine des attrape-rêves. On peut notamment citer les Navajo, les Lakota, les Sioux, les Huron, les Crees, les Mohawks, les Cherokee, les Iroquois et les Ojibwés. Aujourd’hui, les derniers travaux laissent penser que ce sont les Ojibwés -  un peuple vivant dans l’actuel Canada - qui ont été les premiers à concevoir les attrape-rêves dans la forme que nous connaissons actuellement. Mais, en réalité, il s’agit d’un objet très ancien qui convoque des histoires et des légendes communes à l’ensemble du continent américain.

On pense que le premier peuplement de l’Amérique a pu avoir lieu il y a environ 40 000 ans, à l’occasion de l’abaissement des niveaux marins. Des groupes de population de l’actuelle Sibérie orientale auraient gagné l’Alaska grâce à un pont terrestre éphémère, la Béringie, rendu possible par une baisse temporaire du niveau des mers. Ces populations de quelques milliers d’individus se sont ensuite diffusés progressivement sur le continent américain, de l’actuel Canada à la forêt amazonienne, propageant ainsi un ensemble de croyances communes qui ont évolué de façon autonome aux quatre coins de l’Amérique, mais qui ont conservé un socle commun.

Et dans ce socle, on retrouve notamment une croyance étroitement associée à l’attrape-rêve : la vénération d’une déesse araignée, souvent dénommée « Grand-mère araignée », qui jouerait un rôle central dans la genèse du monde, et qui, dans certaines cultures, ferait le lien entre les différents mondes (le monde terrestre, le monde du ciel, le monde sous-marin…).

Des archéologues ont retrouvé de nombreux objets associés à cette déesse, appartenant à des civilisations très éloignées les unes des autres : la civilisation Moche (localisée sur une partie de l’actuel Pérou), les civilisations mésoaméricaines (Maya, Teotihuacan et Aztèques concentrées sur l’actuel Mexique), le peuple Huichol (vivant dans l’actuelle Sierra Madre occidentale)…  Les objets retrouvés ne sont pas de véritables attrape-rêves, mais ils partagent des caractéristiques communes troublantes : ils sont circulaires, mettent en valeur des toiles d’araignée et ont généralement pour vocation de protéger du mauvais sort ou de favoriser la prospérité.

Ainsi, le collier en or comprenant plusieurs toiles d’araignées circulaires retrouvé sur un ancien Lord de la civilisation Moche (Pérou) et datant de plus de 2000 ans, ou les Neali’ka des huichol de Mexico, sortes de dispositifs protecteurs métaphoriques, témoignent d’un vaste réseau de croyances mythologiques complexes autour de l’araignée, et plus largement autour du tissage et du lien collectif.

Mais parmi tous ces objets, seul l’attrape-rêve des Ojibwé a su traverser le temps. Plusieurs facteurs y ont contribué : la fascination progressive des occidentaux pour la culture amérindienne, le hasard des découvertes et malheureusement, la nécessité progressive pour les Ojibwés de marchander leur savoir-faire avec les occidentaux pour subsister, dans un monde radicalement différent et hostile pour leur culture.

Avant que les tisserands navajo ne s'assoient au métier à tisser, ils se frottent souvent les mains dans des toiles d'araignée pour absorber la sagesse et l'habileté de Grand-mère araignée.

Pourquoi sont-ils populaires aujourd’hui ?

Dans les années 90, les attrape-rêves rencontrent un franc succès, en particulier au sein d’une catégorie de la population occidentale qui rejette la croissance industrielle et le consumérisme, et qui considère la culture amérindienne comme un moyen de « réenchanter le monde ».

Néanmoins, ce mouvement de fond se caractérise plutôt par une quête identitaire très individuelle et par un désir immodéré de développement personnel, deux idéaux très éloignés de de la culture amérindienne, qui fait primer le collectif avant toute chose.

Par ailleurs, la grande majorité des attrape-rêves commercialisés sont alors fabriqués à la chaîne, avec des matériaux de faible qualité, dans des pays où la main d’œuvre est bon marché. Cette situation, qui perdure aujourd’hui, révèle l’extrême contradiction entre le symbole noble de l’objet et la mondialisation effrénée qui a conduit à la disparition des peuples autochtones.

En proposant des attrape-rêves d’inspiration amérindienne mais conçus en France, le Nuage et la dune entend respecter les valeurs traditionnellement associés à ces objets : l’artisanat, le fait-main, le localisme (un mode de vie qui privilégie la consommation de produits et objets locaux) et l’unicité.

Le succès des attrape-rêves peut s’expliquer par d’autres raisons :

  • Ils sont associés aux rêves, un phénomène mystérieux, toujours inexpliqué, qui représente tout de même 5 à 6 années de nos vies en moyenne.
  • Ils sont associés au fait-main, un mode de fabrication respectueux de l’environnement, même si une grande partie des attrape-rêves qu’on trouve dans le commerce sont malheureusement fabriqués à la chaîne de manière industrielle.
  • Ils sont associés à des histoires, des légendes et des mythes fantastiques qui nous fascinent et nous projettent dans l’univers amérindien, tel qu’il existait avant la colonisation de l’Amérique.

 

En résumé, pourquoi s’offrir un attrape-rêve ?

  • Pour favoriser la « chance » (Voir à ce propos : « Est-ce que ça marche vraiment les attrape-rêves ? »).
  • Pour augmenter modestement vos chances de réussite dans une épreuve donnée (compétition, examen, guérison, défi, reconversion, etc.).
  • Pour célébrer l’identité et la spiritualité fascinante des peuples autochtones d’Amérique (« amérindiens » ou « premières nations »), exterminés, déportés, parqués puis assimilés par les colons européens.
  • Pour célébrer l’idée d’une communion possible de la vie humaine avec la nature, et d’un sens du collectif, en perdition dans nos sociétés.
  • Pour contribuer à sauver de l’oubli des traditions, des cultures, des savoir-faire et des récits collectifs de peuples ayant perdu la connexion avec leur vie nomade.

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