Où doit-on accrocher son attrape-rêve ? Quel est le meilleur emplacement ?

Où doit-on accrocher son attrape-rêve ? Quel est le meilleur emplacement ?

Les attrape-rêves sont des objets protecteurs traditionnellement fabriqués et utilisés par plusieurs groupes ethniques amérindiens, notamment par le grand groupe des Anichinaabés. Ils s’inspirent de la toile d’araignée, animal phare des systèmes de croyance amérindienne : le filet d’envoûtement, qui couvre le cercle principal, retient les mauvais esprits comme le ferait une toile qui attraperait des insectes, protégeant ainsi son propriétaire des maladies, des ennemis et des coups du sort.

Le mot « attrape-rêve », choisi il y a près d'un siècle par une ethnologue occidentale, ne traduit pas fidèlement sa complexité : il ne consiste pas seulement à filtrer les mauvais rêves des bons rêves, mais à filtrer l’ensemble des éléments et événements négatifs pouvant survenir au quotidien.

Pourquoi recommande-t-on alors de l’accrocher près du lit ?

De nos jours, on recommande généralement d’accrocher les attrape-rêves près du chevet du lit, comme s’ils veillaient sur la personne endormie.

Cet usage n’est pas réellement fidèle à celui des amérindiens traditionnels, mais il s’adapte à nos modes de vie, radicalement différent des leurs. Les amérindiens pouvaient dormir à la belle étoile pendant les périodes intenses de chasse ou en famille dans des « tipis » ou des « wigwams », sortes de cabanes temporaires traditionnels en forme de dôme ou de cône, faites de bois et d’écorce de bouleau. Chaque membre de la famille ne disposait pas d’une chambre personnelle, dans laquelle il pouvait accrocher son attrape-rêve.

On suspendait donc un attrape-rêve pour toute la famille dans la pièce commune, sur l’une des perches qui supportaient l’ensemble de l’habitation, parfois à la porte lorsque le temps le permettait. Mais on ne les cantonnait pas à cet emplacement. Les chasseurs en quête de chance n’hésitaient pas à confectionner de petits attrape-rêves qu’ils attachaient à leurs vêtements déjà richement parées. On accrochait souvent de petits attrape-rêves au-dessus des porte-bébés traditionnels, les tikanagan, pour protéger les bébés, plus fragiles, des aléas de la vie.

Aujourd’hui, les pièces de vie sont multiples et nos vies sont sédentaires : il faut donc choisir un emplacement définitif pour fixer l’attrape-rêve, et la chambre fait partie des choix les plus avisés.

Pourquoi les attrape-rêves étaient utiles la nuit pour les ojibwés ?

Pour les Anichinaabés, la valeur des rêves était sans commune mesure avec celle qu’on leur accorde aujourd’hui. Très tôt, on leur explique que les rêves aident les rêveurs à mieux s’adapter au monde et qu’ils agissent comme des portails de communication avec les personnes « surnaturelles ». Pour ceux qui savent les décrypter, ils donnent des éléments et des informations capitales pour les succès futurs de la chasse, les décisions stratégiques à prendre pour le campement, la gestion du quotidien... C’est pourquoi les jeunes enfants sont encouragés à retenir leurs rêves très tôt, à les raconter et à les analyser. Plus une personne rêve, plus elle sera éclairée, inspirée, chanceuse, créative. On prétend ainsi que les personnes qui décorent le mieux leurs vêtements et leurs habitations sont celles qui rêvent le plus. Ainsi, les Ojibwés pensent que tout ce que peut faire un homme à la chasse, il doit le rêver d’abord.

Certains rêves sont différents : ils font intervenir des « visiteurs » (les powatakan), qui peuvent être des humains (vivant ou morts), des animaux ou des éléments sacrés (le feu, le vent, le soleil…). Ces « visiteurs » sont particulièrement recherchés et vénérés, parce qu’on considère qu’ils ont de grands pouvoirs pour aider les rêveurs dans leur vie réelle, mais ils peuvent également les blesser et affecter négativement leur existence.

C’est ici que l’attrape-rêve prend tout son sens : grâce à sa toile, il va contribuer à ne laisser « entrer » que les « visiteurs » bienveillants, et à écarter les « mauvais visiteurs ».

Ces croyances peuvent paraître saugrenues aujourd’hui dans le monde occidental, mais elles ont pourtant été partiellement validés par la communauté scientifique au cours des dernières années.

Divers travaux ont montré que nous faisons deux types de rêves :

  • Les rêves « réalistes » au cours du sommeil profond. La recherche a montré que ces types de rêves, généralement en relation étroite avec les activités entreprises au quotidien, nous aident à nous améliorer dans ces mêmes activités. Comme le ferait un entraînement ou des répétitions.
  • Les rêves « fabuleux » au cours du sommeil dit « paradoxal ». Plus énigmatiques, ces rêves étranges serviraient de simulation à des dangers virtuels ou à des situations déstabilisantes inédites. Ils nous obligeraient à adopter des comportements nouveaux et nous prépareraient à l’imprévisible. Ces rêves ne seraient pas complètement le fruit du hasard : le cerveau les génèrerait en intégrant des perceptions subliminales, des variables environnementales et émotionnelles, des réflexions, des incompréhensions suscitées par certaines situations réelles, des angoisses… Ce sont précisément lors de ces types de rêves que surgissent les « visiteurs » des Anichinaabés.

Sans les connaissances scientifiques modernes, les amérindiens ont bâti un système de croyances étonnement proche de la réalité. L’attrape-rêve est le symbole de ce système en voie de disparition. Il se heurte à la vision occidentale dominante qui sacrifie le sommeil, le sens du collectif, le folklore, l’écoute de soi et l’observation.

L’avoir près de soi, avant d’aller se coucher et en se levant le matin, aide à se rappeler que chacun de ses éléments sont importants dans la vie de tous les jours.

Faut-il choisir le mur le plus à l’est de la chambre ?

Selon la légende rapportée par plusieurs groupes ethniques, les esprits malveillants capturés par la toile sont brûlés par les premiers rayons de l’aube. Cette précision a encouragé la fixation des attrape-rêves modernes sur le mur le plus à l’est de la chambre, bien qu’il ne soit pas mentionné ce genre de préconisation dans les premiers récits rapportés par les explorateurs.

La plupart des amérindiens, comme les ojibwés, confectionnaient leurs habitats de façon à ce que la porte soit tournée vers l’est, surtout en hiver, et si possible face à un cours d’eau. Sur le plan culturel, on expliquait cette décision par la portée symbolique de l’Est, direction sacrée du soleil levant à laquelle on associait la connexion au « grand mystère ». Sur le plan pratique, ce choix permettait surtout de se protéger des grands vents froids du Nord-ouest américain (1). En cas de nécessité, pour maximiser les chances de survie, les amérindiens n’hésitaient cependant jamais à s’adapter aux conditions de leur environnement, quitte à rompre momentanément avec leurs coutumes.

Placer l’attrape-rêve sur le mur le plus proche du soleil levant peut donc représenter un moyen de renouer avec ces croyances et ces rites culturels, voire constituer un hommage aux peuples autochtones. Mais dans les faits rapportés par la littérature, le pouvoir de l’attrape-rêve ne semble pas dépendre de son emplacement : on en accrochait fréquemment sur les porte-bébés traditionnels ou sur les vêtements.

Ils peuvent donc être accrochés partout où l’on a besoin d’avoir de la chance ou d’éloigner les mauvais coups du sort. C’est la raison pour laquelle on trouve autant d’attrape-rêves dans les voitures, bien qu’il ne s’agisse évidemment pas d’un usage traditionnel. On peut le comparer à l’usage qu’en faisaient les chasseurs amérindiens, conscients qu’ils avaient besoin d’un peu de chance pour faire les bonnes rencontres et toucher la cible.

Quelques idées d’emplacements idéals :

  • Le rétroviseur de la voiture (avec des mini attrape-rêves).
  • Le bureau ou l’atelier.
  • La pièce commune de vie ou le séjour.
  • La chambre à coucher.
  • Le mur près d’un escalier.
  • La porte d’entrée.

Références

1. Tanner, Adrian. Bringing Home Animals: Religious Ideology and Mode of Production of the Mistassini Cree Hunters. London: Memorial University of Newfoundland, 1979.


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1 commentaire
  • Bonsoir Mme, j’ai appris beaucoup de la vie des Indiens Amérindiens et c’est très intéressant de partager avec une personne aussi passionnée que vous,en vous écrivant cela je rend hommage à mon compagnon GERARD décédé le 13 Octobre et qui était aussi passionné que vous sur la culture de ce Peuple Fiers et Valeureux.Bien cordialement.

    Caton Genevieve le

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