D'où viennent les attrape-rêves ?

Les attrape-rêves proviennent des peuples autochtones d’Amérique du Nord, et plus précisément du peuple Ojibway (ou Ojibwé), qu'on appelle aussi les Chippewas du Mississippi. Historiquement, ils étaient installés autour de la région des Grands Lacs, entre l’actuel Canada et le nord des États-Unis.

Attention, plusieurs peuples amérindiens ont ensuite fabriqué et utilisé des objets similaires, notamment les peuples appartenant au groupe culturel des Anishinaabes, mais les recherches ethnographiques sont claires [1][2] : l'attrape-rêve, tel qu'on le connaît, avec son cercle contenant une toile tissée, trouve son origine chez les Ojibwés. D'ailleurs, il était appelé "asubakatchin".

Un objet traditionnel transmis au sein des communautés Ojibwés

Pour les Ojibways, l’attrape-rêve (ou capteur de rêve) n’est pas un simple objet décoratif. Il est intimement lié à une figure spirituelle : Asibikaashi, la Grand-mère Araignée. Selon la légende, elle protégeait autrefois le sommeil des enfants en tissant chaque soir une toile au-dessus de l’endroit où ils dormaient. Ainsi, les mauvais rêves, les pensées négatives ou les intrus s’accrochaient à la toile dans la nuit, puis étaient brûlés par les premiers rayons du soleil. Mais au fil des années, à mesure que la tribu Ojibway grandissait et se dispersait sur tout le territoire nord-américain, Grand-mère Araignée n'était plus capable de visiter tous les wigwams (les "tipis" des Ojibwés) : les femmes décidèrent alors de la relayer, en tissant elles-mêmes une toile à l'intérieur d'un cercle. Avec le consentement de Grand-mère Araignée, évidemment ;)

Leur découverte et leur diffusion partout dans le monde

Alors comment sont-ils arrivés jusqu'à nous ? =) Grâce aux témoignages des premiers voyageurs occidentaux, bien sûr ! Les premières traces écrites de ces témoignages datent du XIXᵉ siècle : l’ethnologue allemand Johann Georg Kohl observe des attrape-rêves chez les Ojibways de la région du lac Supérieur, en Amérique du Nord. Il les décrit alors comme des talismans protecteurs, associés au sommeil et aux croyances spirituelles locales. Et c'est ainsi que les attrape-rêves entrent dans les archives ethnographiques européennes pour la première fois. Mais ils ne sont pas encore connus sous ce nom…

C'est l’anthropologue britannique Béatrice Blackwood qui va proposer le mot "attrape-rêve" au début du XXᵉ siècle, bien qu’elle reconnaisse que la traduction ne reflète pas exactement la fonction de l’objet (elle avait d’abord pensé à un terme comme « filet d’envoûtement », sans doute plus fidèle). Par la suite, elle continue de documenter l'usage de ces objets, remarquant au passage que les porte-bébés traditionnels des ojibwés, les tikanagan, en portent aussi parfois. Et c'est à partir de ses travaux que l'attrape-rêve se diffuse progressivement, d'abord au sein des autres nations amérindiennes, puis plus tard, au XXᵉ siècle, partout dans le monde.

Une légende alternative (à raconter) qui circule également parmi les ojibways

Depuis plusieurs soirs [3], Nokomis, une grand-mère ojibway, avait pris l'habitude de contempler une araignée tisser sa toile entre deux des perches du wiigiiwaam de la famille, au-dessus de son coussin.
Jusqu'au jour où son plus jeune petit-fils tenta de la tuer avec son mocassin.
« Ne lui fais pas de mal s'il te plait », dit-elle au garçon d'une voix si douce, qu'il en fut surpris.
« Tu es sûre qu'elle n'est pas méchante, grand-mère ? »
« Fais-moi confiance », lui assura-t-elle.
Rassuré, le petit fils s'endormit rapidement, blotti contre sa grand-mère.
C'est alors qu'une nouvelle toile, de teinte argentée, se balança soudainement dans la lumière de la lune. T
rès reconnaissante, l'araignée s'adressa à Nokomis.
« Merci infiniment pour ce que tu as fait. Tu vois comme je file ma toile ? Regarde et apprends. Dorénavant, chaque toile que tu tisseras aura le pouvoir de capturer les mauvais rêves qui tenteront d'entrer. Seuls les bons rêves passeront par la petite maille. C'est mon cadeau éternel pour toi. »
À ces mots, la grand-mère sourit et continua d'observer l'araignée tisser sa toile.
Et c'est ainsi que Nokomis apprit à tisser et qu'elle enseigna à son tour la technique de celle qu'elle surnomma "Grand-Mère Araignée"... 

N'hésitez pas à consulter aussi : 

Références

[1] Cath Oberholtzer, Dream Catchers: Legend, Lore, and Artifacts (Buffalo, NY: Firefly Books, 2017).

[2] Black, J. (1999). Dream catchers: Myths and History. New York: A Firefly Book.

[3] Marie Serre (2011), Tourisme et renouveau culturel autochtones : le capteur de rêves dans la communauté Huronne-Wendat de Wendake. 

Iconographie

Library and Archives Canada / Ernest Brown fonds /e011303100-006 ; Copyright: Expired

Alexander McLean. Topley Studio. Library and Archives Canada, PA-012804


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