Faut-il purifier ou nettoyer vos attrape-rêves ?

La plupart des groupes ethniques amérindiens qui confectionnaient traditionnellement des attrape-rêves (notamment le grand groupe des Anichinaabés, auquel appartient le peuple Ojibwé et qui a donné son nom à ma première collection) pratiquaient la « purification » : c’était la condition nécessaire pour approcher le sacré lors de certains rituels et le moyen d’éloigner les mauvais esprits. De ce fait, les attrape-rêves, dont le but principal est de protéger des mauvais esprits et des maladies, étaient régulièrement purifiés, pour renforcer leur pouvoir (lire à ce propos l’article « Pourquoi les attrape-rêves sont de vrais porte-bonheur »).

Qu’est-ce qu’on entend exactement par « purification » ?

La « purification » (« smudging » en anglais) est une pratique spirituelle très répandue chez les peuples autochtones d’Amérique, mais qu’on retrouve également chez de nombreux peuples du monde, en particulier au niveau des zones circumboréales. Elle consiste à brûler des plantes (fraîches ou séchées) pour en dégager de la fumée, laquelle est considérée comme un agent « purifiant », capable d’attirer les bons esprits et repousser les mauvais. On expose ensuite l’objet à cette fumée, très aromatique et peu persistante, pour le purifier selon des rituels codifiés, spécifiques à chaque ethnie. C’est une pratique qui n’est pas effectuée partout de la même manière chez les amérindiens, ni avec la même intensité, ni avec la même fréquence, ni avec les mêmes matériaux.

Les objectifs de la purification :

  • Eloigner les « mauvais esprits » et les influences néfastes, ou à l’inverse, attirer la chance et les « bons esprits ».
  • Contribuer à maintenir la santé physique et mentale de la communauté (surtout pour les groupes autochtones de la côte est et du nord) (1).
  • Masquer l’odeur humaine, ce qui était particulièrement utile pour la chasse.
  • Protéger les êtres humains ayant contribué à tuer des animaux à haut pouvoir spirituel (comme les rennes sauvages ou les bisons) de toutes représailles.
  • Rendre l’atmosphère odorante (les odeurs étaient centrales dans la vie rituelle).

 Quelles sont les plantes idéales pour purifier un attrape-rêve ?

Chaque peuple avait sa « recette » de purification. Les travaux de recherche et les témoignages des amérindiens indiquent cependant qu’il existait une base commune, dont font partie les quatre types de plantes fraîches suivantes :

  • La sauge. Elle est généralement utilisée pour tenir éloigner de l’attrape-rêve les mauvais esprits, les énergies négatives, les influences néfastes et les sentiments contraires. Sa fumée dégage un arôme puissant, mais qui se dissipe ensuite rapidement.
  • Le cèdre. Il est plutôt employé pour attirer les bons esprits. Contrairement à la sauge, il dégage assez peu de fumée.
  • Le foin d’odeur (avoine odorante). Cette plante qui pousse encore naturellement dans la forêt de Bialovèse, où subsistent à l'état sauvage les derniers bisons d'Europe, est considérée par les amérindiens comme l’une des plus sacrées. Lorsqu’elle est brûlée, elle dégage un parfum sucré qui rappelle la vanille. Pour de nombreuses ethnies comme les Kiowas, les Cheyennes, les Gros Ventres, les Lakotas, les Menominees, les Haudenosaunee américains et les Quinaults, elle est la plante qui reflète le mieux leur identité collective, leurs valeurs et leurs croyances (2-3). Elle est choisie généralement lorsqu’il s’agit d’attirer les bons esprits (4).
  • Le tabac. Moins en vue aujourd’hui, le tabac était principalement utilisé pour créer des ponts avec le monde des esprits.

Précisons tout de même qu’une même plante peut avoir des significations différentes selon les groupes autochtones.

Cueillette de sauge blanc dans la réserve des Navajo, destiné aux rituels de purification.

Cueillette de sauge blanc dans la réserve des Navajo, destiné aux rituels de purification. Photographie de Chuck Cocker.

Comment purifier soi-même vos attrape-rêves ?

Il est tout à fait possible de purifier vous-même votre attrape-rêve si vous souhaitez valoriser les traditions des peuples autochtones d’Amérique du Nord. Cette pratique peut contribuer à renforcer les effets bénéfiques de l’attrape-rêve.

Voici la démarche que je propose pas à pas (et que j’utilise pour purifier les attrape-rêves du Nuage et la dune).

  1. Il vous faut d’abord un petit réceptacle non inflammable. Les amérindiens utilisaient généralement un « support de purification » naturel, qui pouvait être une coquille d’ormeau, une poterie ou un mortier en pierre, et dans lequel ils plaçaient les herbes choisies et quelques plumes.
  2. Procurez vous des feuilles de sauge, séchées, et prenez soin de bien retirer les tiges.
  3. Procurez-vous également une plumes de grande taille ou un fagot de plantes liées entre elles avec un fil de coton pour dissiper la fumée.
  4. Choisissez un endroit très aéré, idéalement en extérieur, ou en restant près d’une fenêtre ouverte si vous le faites en intérieur, car la fumée de l’encens serait associée à un risque augmenté de certaines maladies respiratoires (5).
  5. Mettez le feu à vos feuilles de sauge dans votre support et laissez-les s’enflammer pendant 20 à 30 secondes avant de les éteindre en gardant votre main au-dessus du réceptacle (avec la plus grande prudence) pour les priver d’oxygène.
  6. La fumée va commencer à s’élever depuis les plantes : dirigez-la vers l’attrape-rêve à l’aide de la plume, du fagot ou de l’une de vos mains.
  7. La suite est différente pour chaque tribu, et dépend souvent de la plante qui est utilisée : on passe l’objet un nombre de fois défini dans la fumée, selon une chorégraphie précise, avec des mots, des pensées ou des incantations… Soyez vous-même, concentré(e) et présent(e).
  8. Une fois la purification finie, dispersez les cendres sur la terre.

Illustration du matériel nécessaire à la purification en extérieur en vue d'une cérémonie Anishinabe.

En cas de doute, ne prenez pas de risque : il est plus simple aujourd’hui, et moins dangereux, d’utiliser de l’encens. Vous pouvez également vous inspirer de cette vidéo, dans laquelle on retrouve Debra Courchene, conseillère culturelle spécialiste des peuples autochtones : https://youtu.be/6fIMumk2cnA.

Faut-il « nettoyer » régulièrement ses attrape-rêves ?

Les attrape-rêves fabriqués par les peuples autochtones n’étaient pas prévus pour durer plusieurs années : ils étaient refaits régulièrement et facilement avec de nouveaux matériaux naturels (écorce de bouleau, perles de coquillages, perles d’os…). Il n’était donc pas utile de les « nettoyer » au sens premier du terme.

De nos jours, cependant, quand on se décide à confectionner ou acheter un attrape-rêve, c’est généralement pour la vie ! Il peut donc être utile de s’écarter des pratiques traditionnelles pour préserver l’éclat de votre attrape-rêve dans le temps, en le nettoyant à l’occasion avec un pinceau très fin pour ôter les poussières (toujours dans le sens des plumes). Mieux vaut éviter d’utiliser de l’eau, du savon ou de l’alcool sauf en cas de réelle nécessité.

Voici une technique sèche pour éliminer les mauvaises odeurs, utile si vous avez placé votre attrape-rêve dans la salle à manger ou à proximité de la cuisine :

  1. Prenez un sac de papier kraft suffisamment large pour contenir votre attrape-rêve et placez-le délicatement à l’intérieur.
  2. Verser une cuillère de sel ou de bicarbonate de soude dans le sac, puis fermez-le.
  3. Secouez le doucement pour imprégner votre attrape-rêve.
  4. Laissez reposer le tout pendant une nuit complète.
  5. Sortez votre attrape-rêve du sac et évacuez le sel ou la poudre avec un pinceau.

 

Sources

  1. Christopher Rybaka and Amanda Decker-Fittsb, THEORY AND PRACTICE Understanding Native American healing practices, Counselling Psychology Quarterly Vol. 22, No. 3, September 2009, 333–342
  2. Manual of Native American Religious Practices in Secure Confinement, National Institute of Corrections 1994
  3. Native American Ceremonies and Traditions Essential Understandings Regarding Montana Indians, CEREMONIESANDTRAD.HTML Developed and Published by the Montana Office of Public Instruction 2001 Revised 2010, 2012
  4. Cohen, K. (2003). Honoring the medicine: The essential guide to Native American healing. New York: Ballantine Books
  5. Lui KH, Bandowe BAM, Ho SSH, Chuang HC, Cao JJ, Chuang KJ, et al. Characterization of chemical components and bioreactivity of fine particulate matter (PM2.5) during incense burning. Environ Pollut. 2016;213:524–532. doi:10.1016/j.envpol.2016.02.053.

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